Le 3 janvier, j’aurai 44 ans : mon anxiété a pris de l’âge, mais aucune sagesse
Le 3 janvier, j’aurai 44 ans.
Et ce n’est pas mon âge qui me dérange.
C’est tout ce que mon anxiété décide d’en faire.
Parce que vieillir, pour une personne anxieuse, ce n’est jamais juste ajouter une bougie.
C’est ouvrir un dossier.
Un dossier épais.
Avec des sous-sections, des hypothèses et des conclusions prématurées.
À 44 ans, mon anxiété ne réagit plus.
Elle anticipe.
Elle surveille mon corps comme si elle attendait qu’il fasse une erreur.
Une tension dans le dos ?
Elle note.
Une fatigue persistante ?
Elle souligne.
Un inconfort flou, impossible à nommer ?
Elle encadre en rouge.
Ce n’est jamais grave sur le coup.
Mais pour l’anxiété, ce n’est jamais anodin non plus.
Ce qui la fascine, ce n’est pas la douleur.
C’est la durée.
Le « et si ça restait ».
Le « et si c’était désormais comme ça ».
Parce que vieillir, dans sa tête, ça veut dire perdre quelque chose sans savoir exactement quoi.
De la souplesse.
De la marge.
Du droit à l’erreur.
À 44 ans, l’anxiété me fait croire que chaque limite est définitive.
Que chaque inconfort est une annonce officielle.
Qu’il n’y a plus de retour en arrière possible.
Elle transforme mon corps en terrain d’observation permanente.
Je ne vis plus dedans.
Je le surveille.
Et c’est ça, la vraie fatigue.
Avant, j’étais anxieuse face à l’avenir.
Maintenant, je suis anxieuse face au présent.
À ce que je ressens.
À ce que je pourrais ressentir demain.
À ce que ça veut dire, supposément.
L’anxiété adore les chiffres ronds.
40.
45.
50.
Elle s’en sert comme de preuves imaginaires.
Comme si un âge pouvait soudainement invalider tout ce que j’ai déjà traversé.
Parce que soyons honnêtes :
ce corps, il a tenu bon.
Il a encaissé des nuits blanches, du stress chronique, des tempêtes émotionnelles, des chutes intérieures autrement plus violentes qu’un muscle tendu.
Mais l’anxiété n’en tient pas compte.
Elle ne regarde pas le passé.
Elle regarde ce qu’elle peut perdre.
Elle me murmure que je devrais ralentir par peur.
Que je devrais me protéger excessivement.
Que je devrais commencer à me définir par mes limites plutôt que par mes capacités.
Et c’est là que je refuse de la suivre.
Parce que mon corps n’est pas un problème à résoudre.
C’est un système vivant qui change.
Comme tout ce qui dure.
Pendant que je rumine,
Gustave existe.
Il n’analyse pas ses sensations.
Il n’interprète pas son vieillissement.
Il s’adapte, simplement.
Il mange quand il a faim.
Il dort quand il est fatigué.
Il ne cherche pas de sens caché à une raideur passagère.
Il me rappelle, sans le vouloir, que vivre n’a jamais été un exercice de contrôle parfait.
Le 3 janvier, j’aurai 44 ans.
Mon corps fera probablement quelque chose d’étrange, d’imparfait, de temporaire.
Et mon anxiété voudra y voir une vérité définitive.
Mais cette fois, je la vois venir.
Je sais qu’elle confond vigilance et surveillance.
Prudence et peur.
Évolution et déclin.
Je ne suis pas en train de disparaître.
Je suis en train de changer de forme.
Et ce n’est pas une urgence.
44 ans, ce n’est pas la fin de la solidité.
C’est la fin de l’illusion d’invincibilité.
Et ce n’est pas la même chose.
Mon anxiété peut continuer à commenter chaque sensation.
Je n’ai plus l’obligation de la croire.
Panique et paillettes.
Version lucide.
Version sans anesthésie.
Version qui continue quand même. ✨🐈⬛