J’aime les enfants… mais PAS quand je punch mon shift au bar.🍻🍻
Je vais commencer par une vérité universelle, un principe cosmique, une loi physique aussi solide que la gravité :
Tu peux aimer les enfants profondément… et en même temps ne PAS vouloir les voir dans un bar.
Ce n’est pas contradictoire.
Ce n’est pas cruel.
C’est juste la survie d’une femme qui a déjà donné tout le jus de cervelle qu’elle avait du lundi au vendredi.
Parce que moi, j’arrive au bar de l’aréna après avoir fait 35 heures de contact rapproché avec des enfants.
Pas 35 heures de job de bureau zen.
Pas 35 heures de travail silencieux.
Non.
35 heures de sons non identifiés, de petites mains collantes, de conversations absurdes, de pleurs qui partent de nulle part et de situations corporelles qui nécessitent des gants en latex.
Et quand je dis “j’aime les enfants”, je parle du vrai amour.
Le genre de love qui te fait rester après ton shift pour consoler un petit cœur brisé parce qu’il a perdu son collant de Pat Patrouille.
Le genre de love qui te fait rire même quand quelqu’un te montre un caillou comme si c’était un bijou de Cartier.
Le genre de love où tu pourrais prendre une balle pour eux… mais pas un thé glacé renversé de plus.
Mais cet amour-là, là…
Il a une date de péremption quotidienne.
Et elle arrive EXACTEMENT au moment où je mets un pied dans le bar de l’aréna.
Parce qu’en théorie, le bar, c’est MON endroit d’adulte.
Mon havre.
Mon “safe space” rempli de hot-dogs vapeur un peu suspects et d’adultes épuisés qui veulent juste une boisson tiède et un moment de calme intérieur.
Mais dans la vraie vie ?
C’est devenu un spin-off de mon job.
Une saison bonus que je n’ai JAMAIS commandé.
Un épisode spécial de “Enfants en Liberté 2 : La Revanche du thé glacé”.
Ils arrivent comme des petits Vikings de l’aréna.
Pas méchants.
Pas mal intentionnés.
Juste…
Enthousiastes à un niveau dangereux.
Ils courent.
Ils glissent.
Ils crient comme si quelqu’un leur avait dit que le premier rendu au babyfoot gagne un rein gratuit.
Ils se lancent dans la vie à pleine vitesse, et toi, t’es juste là, derrière ton comptoir, à regarder le tout comme si t’étais la directrice d’un hôpital psychiatrique en plein jour de congé.
Et moi, je les aime tellement que je fais l’effort de respirer calmement.
De sourire.
D’être douce.
De dire “non non, mon chou, ne touche pas à la machine à glace, ce n’est pas pour les mains”.
Alors qu’en dedans, mon cerveau hurle :
“C’EST L’ANTÉCHRIST CETTE MACHINE. ÉLOIGNE-TOI.”
Et là, il y a le parent, le parent épuisé, qui ne comprend rien, qui te regarde comme si tu avais le BAC en “garde gratuite pendant que je jase avec le coach”.
Le parent qui dit :
“Ben là, il fait juste courir.”
OUI.
C’est ÇA, LE PROBLÈME.
Le bar, ce n’est pas une piste d’athlétisme mini format.
Le bar, c’est un endroit dangereux, glissant, brûlant, croustillant, collant, où littéralement TOUT peut faire mal.
Pis pourtant…
Je les aime.
Je te jure, je les aime assez pour leur apprendre à mettre leurs bottes, à gérer leurs émotions, à pas manger la neige jaune, à ne pas lécher la poignée de porte.
Je les aime assez pour rentrer chez nous avec un bout de pâte à modeler dans les cheveux sans poser de questions.
Mais dans le bar ?
Quand un 4 ans décide de s’asseoir par terre comme si c’était son salon, juste à côté d’un adulte qui tient un café tellement chaud qu’il pourrait retirer un tatouage ?
Là…
Mon amour ne suffit plus.
Il est parti en vacances.
Il a laissé un Post-it :
“Je reviens demain matin. Bonne chance.”
Je veux dire, à un moment donné, j’ai un dernier neurone qui s’accroche à la vie comme un chat qui glisse d’un sofa.
Un neurone qui pleure doucement en disant :
“Pas encore un enfant qui crie pour un gatorade bleue… je t’en supplie…”
Mais même là, même dans le chaos, même dans le bruit, même dans les dégâts de lait au chocolat,
je reste douce.
Je reste correcte.
Je reste fonctionnelle-ish.
Parce que je les aime.
Vraiment.
Et aussi parce que je n’ai pas envie que quelqu’un filme ma déchéance mentale et que ça finisse sur TikTok avec le titre :
“Quand une éducatrice atteint son point de rupture”.
Alors oui.
Je peux aimer les enfants et NE PAS vouloir les voir dans un bar.
C’est normal.
C’est sain.
C’est littéralement le dernier rempart entre moi et l’Abbaye Saint-Benoît-du-Lac.
Si un jour tu me vois figer derrière le comptoir, le regard vide, une main posée sur la machine de bière en fût…
Ne t’inquiète pas.
Je suis juste en train de me demander à quel moment exact j’ai accepté d’être entourée d’enfants 7 jours sur 7.
Mais j’ai encore des paillettes.
Fatiguées, oui.
Tachées de sauce à hot-dog, peut-être.
Mais vivantes.
Et tant qu’elles tiennent…
Je tiens aussi.
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