Depuis des annĂ©es, moi et mon anxiĂ©tĂ©, on file une drĂŽle dâhistoire dâamour. Pas le genre passion fusion, non. PlutĂŽt une relation toxique, du style âje te quitte / reviens je tâaime / jâai mal au ventreâ. Elle sâinvite Ă table, dort dans mon lit et fait la dĂ©co de mon cerveau façon « chaos scandinave ». On a trouvĂ© notre Ă©quilibre fragile : moi je respire, elle commente.
Et voilĂ quâen ce beau jeudi soir, mon corps a dĂ©cidĂ© de me servir un Ă©pisode inĂ©dit : les palpitations.
Pas les petites, non. Les grosses. Celles qui te font dire : « Bon ben voilĂ , câest maintenant que je dĂ©cĂšde. »
Mon cĆur sâest transformĂ© en percussionniste hyperactif, genre concert de tambours africains sous Red Bull. Et moi, Ă©videmment, jâanalyse tout :
âEst-ce mon cĆur ? Mes poumons ? Mon Ăąme qui essaie de sortir par la cage thoracique ?â
Tout ça pendant que mon cerveau joue au narrateur dramatique :
âCâest peut-ĂȘtre une arythmie cardiaque. Ou un infarctus silencieux. Ou juste toi, en train dâavoir une Ă©motion, Isabelle.â
Et lĂ , tu te rappelles que depuis lundi, tu prends un nouveau mĂ©dicament supposĂ© empĂȘcher ce genre de crise. EMPĂCHER, quâils disaient.
Résultat : je suis en plein trip sensoriel interne pendant que la molécule, visiblement confuse, se demande de quel cÎté elle joue.
Ajoutons à ça un petit dĂ©tail croustillant : je prends une microdose dâun mĂ©dicament utilisĂ© pour traiter la schizophrĂ©nie. Juste ça. Une goutte de molĂ©cule anti-voix-dans-la-tĂȘte.
Alors forcĂ©ment, quand ton cĆur fait des claquettes et que tu ressens ton cerveau vibrer comme une boule disco, tu te demandes :
âEst-ce moi qui panique ou ma mĂ©dication qui sâimprovise DJ dans mon systĂšme nerveux ?â
Et câest lĂ que le grand jeu commence : lâauto-surveillance de tout ce qui bouge dans ton corps.
Je me suis retrouvĂ©e Ă Ă©couter mon rythme cardiaque comme dâautres Ă©coutent un podcast.
Jâai pris mon pouls, vĂ©rifiĂ© mes lĂšvres dans le miroir (âelles sont bleues ? non juste sĂšchesâ), pris un verre dâeau, respirĂ©, re-analysĂ©, puis relancĂ© Google pour la 183e fois avec les mots-clĂ©s âpalpitations mort imminente mĂ©dicament ou anxiĂ©tĂ©â.
Le verdict : tout et rien.
Pendant ce temps, Gustave, mon chat, mâobservait du coin de lâĆil avec son habituel jugement fĂ©lin :
âTâes pathĂ©tique, humaine. Respire, câest juste ton cĆur qui fait son cardio.â
Et il n’a pas tort, le poilu. Parce que pendant que je mâimagine dĂ©jĂ aux urgences en robe de chambre, la rĂ©alitĂ©, câest que mon corps sâajuste. Le mĂ©dicament fait son test.
Et moi, comme toujours, je dramatise avec élégance.
Ce quâil y a de beau, si on peut dire, câest quâaprĂšs la panique, yâa ce moment de luciditĂ© â un peu fatiguĂ©, un peu tremblant â oĂč tu rĂ©alises que tâes encore lĂ . Que ton cĆur bat fort, oui, mais quâil bat. Que tâas survĂ©cu Ă une autre soirĂ©e dâanxiĂ©tĂ© Ă grand dĂ©ploiement.
Et quâau fond, câest un peu ça la vie avec une santĂ© mentale en chantier : tu te fais peur, tu ris jaune, tu continues, pis tu tâendors en espĂ©rant que demain ton cerveau tâoffre une pause cafĂ© au lieu dâun feu dâartifice intĂ©rieur.
Ce soir, jâai choisi de ne pas aller mourir dans ma tĂȘte.
Jâai mis une chandelle, respirĂ© comme une fausse yogi et rĂ©pĂ©tĂ© mon mantra :
âCe nâest pas la fin, câest juste un mauvais remix de mon systĂšme nerveux.â
Et si demain mon cĆur dĂ©cide encore de jouer les maracas, ben jây mettrai un peu de brillant, un soupçon de sarcasme, et je danserai dessus.
Parce que tant quâĂ paniquer, autant que ça brille. âš
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