Première soirée derrière le bar de l’aréna de Contrecoeur : j’arrive comme une vierge effarouchée du comptoir. Je n’ai jamais tenu un bar de ma vie, pis ça paraît. Mes mains tremblent tellement que j’aurais pu shaker un cosmopolitan juste en tenant une canette. Sauf qu’ici, y’a pas de cosmopolitan. Juste de la Budweiser, des Bud Light et, au pire, des ailes de poulet aussi sèches que mes économies.
L’ambiance ? Imagine 30 gars en coton ouaté, encore humides de sueur, qui te lancent des blagues recyclées depuis 1985. Moi, je souris comme une Miss Univers de la panique intérieure, pendant que mon cerveau crie : « TU N’AS AUCUNE IDÉE DE CE QUE TU FAIS ! ». Chaque Bud que j’ouvre, c’est comme si je jouais à la roulette russe : est-ce que ça va mousser partout ? Est-ce que je vais l’échapper ? Est-ce que je vais mourir étouffée par une blague mononcle ? Suspense.
Puis arrive la deuxième soirée. Et là, je me sens… pas une pro, mais disons une semi-pro en rodage. J’ai appris à cacher mon angoisse derrière un sourire cynique. J’ai compris que personne ne veut un drink fancy : pas de mojito, pas de margarita, juste « une Bud, bien froide, tsé ». J’ai survécu au tiroir-caisse, je n’ai pas (encore) donné 50$ de change par erreur, et j’ai même réussi à éviter de lancer une aile dans la face d’un client. Progression notable.
Mais l’angoisse est toujours là, fidèle comme un vieux chum collant. Je redoute encore le moment où un client va me demander quelque chose que je n’ai pas. « Une IPA ? » — « Non, mais j’ai une Bud Light qui fait semblant. » « Un rum & coke ? » — « Non, mais j’ai du Gatorade orange pis un verre en plastique. » Sérieusement, j’ai plus peur de dire non à un client de l’aréna que de dire non à un enfant à l’école (ben non j’exagère… comme toujours !)
Ce qui a changé, c’est que maintenant, je connais la faune. Le gars qui fait toujours la même joke plate. Celui qui commande trois Buds à la fois, comme si c’était la dernière soirée de sa vie. Celui qui oublie de payer et qui fait semblant que c’est une erreur cute (non, ce n’est pas cute, Gérard). Et moi, là-dedans, je développe des skills de survie : compter mes canettes comme un agent du FBI, essuyer le comptoir collant avec la grâce d’une femme qui regrette ses choix, et surtout, encaisser mes tips graisseux comme si c’était de l’or pur.
En résumé : la première soirée, j’étais une imposture avec des palpitations. La deuxième, j’étais une imposture avec un peu plus de sarcasme, un peu moins de panique, et la certitude que même si je ne suis pas née pour servir de la Bud, je suis assez têtue pour le faire pareil.
Parce qu’au fond, Panique et Paillettes derrière le bar de l’aréna, c’est ça : improviser avec la grâce d’une fraude assumée, sourire avec ironie, et survivre à coup de canettes ouvertes et de clonazepam bien dosé.
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