Il faut que je l’avoue une bonne fois pour toutes : ma vie n’est pas un drame noble, ce n’est pas une comédie légère, ce n’est pas non plus une épopée inspirante qui finirait sur une citation Pinterest. Ma vie est une production douteuse, un mélange d’effets spéciaux ratés, de dialogues mal écrits et de transitions qui n’ont aucun sens. En gros : une série B. Et pas le genre culte qu’on aime réécouter par nostalgie… non, le genre qui fait dire « mais qui a payé pour ça ? ».

Et moi, je suis là-dedans, actrice principale malgré moi, condamnée à jouer le rôle de la fille qui panique pour tout mais qui essaie de sauver la face avec des paillettes et du mascara waterproof (qui, évidemment, n’est jamais si waterproof que ça). Chaque journée est un tournage improvisé. Rien n’est prévu, tout est excessif. Le moindre détail devient un drame, la moindre ombre devient un monstre. On pourrait croire que j’exagère… mais si ma vie avait un narrateur, il parlerait en voix grave et dirait : « Rien n’est jamais simple… ».

Mon anxiété, elle, adore ce scénario. C’est son terrain de jeu. Elle se délecte de ce chaos permanent. Pourquoi rester calme quand on peut transformer un petit contretemps en séquence apocalyptique ? Pourquoi respirer tranquillement quand on peut suranalyser chaque micro-seconde comme si c’était une finale de fin de saison ? L’anxiété est la réalisatrice de ma série. Elle décide du rythme, elle monte les scènes, elle met une musique dramatique dans ma tête au moment le plus inopportun.

Et moi, j’avance. J’exagère. Je dramatise. Parce que je ne sais pas faire autrement. Je ne peux pas me contenter d’une existence plate et calme. C’est trop fade. Moi, il faut que ce soit intense, qu’il y ait du volume, des couleurs criardes, des émotions qui débordent. Est-ce épuisant ? Oui. Est-ce parfois ridicule ? Absolument. Mais qu’est-ce que vous voulez, c’est le seul langage que je connais.

Alors oui, je vis tout comme si c’était un film. Une simple journée devient une épopée. Un silence devient un suspense. Une rencontre banale devient une scène dramatique pleine de sous-textes. Et je me plains, je soupire, je ris jaune, mais je continue. Parce qu’au fond, même si je rêve parfois d’une existence calme et lisse, je sais qu’elle m’ennuierait à mourir. Il y a quelque chose de rassurant dans ce chaos permanent : au moins, il se passe toujours quelque chose.

Et si ce n’est pas toujours beau, au moins c’est divertissant. Oui, je panique, mais je panique avec style. Oui, je m’invente des catastrophes, mais je les vis avec ironie. Oui, je suis épuisée, mais je brille quand même un peu au passage. Parce que je refuse d’être une figurante. Si je dois jouer dans cette série B mal réalisée, alors j’y serai la star : dramatique, excessive, sarcastique et, surtout, scintillante.

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