Aujourd’hui, j’ai officiellement signé pour une nouvelle aventure : moi, éducatrice en service de garde scolaire, accompagnée de seize petits êtres de 4 ans. Oui, seize. Comme dans : le double de huit, ou encore : assez pour remplir une petite salle de spectacle où, spoiler alert, je suis à la fois la chanteuse, la technicienne de son, la femme de ménage et la sécurité.
Ils sont arrivés un à un, certains la main crispée sur celle de leurs parents, d’autres déjà prêts à conquérir la cour d’école comme si c’était leur royaume. Avec leurs sacs trop lourds pour leurs petits corps, leurs souliers défaits et ce regard rempli d’expectative… je savais déjà que j’étais cuite. Parce que leurs yeux me disaient : « Bonjour madame, nous allons te faire vivre un mélange de sitcom, de tragédie grecque et de film d’action… chaque jour… pendant dix mois. »
Et puis, après une matinée déjà bien remplie avec leur professeure, est venu le temps du premier dîner !!!
Mesdames et messieurs, ce n’était pas un dîner. C’était un baptême du feu, une initiation, une épreuve olympique. Seize boîtes à lunch qui s’ouvrent en même temps, c’est l’équivalent d’un feu d’artifice sonore et visuel. L’odeur de compote se mélange à celle du fromage Ficello et au soupir dramatique d’un enfant qui découvre qu’il a des… crudités. L’horreur.
Il y a eu, bien sûr, la crise de la croûte. Parce que oui, une croûte de sandwich, c’est visiblement une attaque personnelle. Puis l’enfant qui, très sérieusement, m’a demandé : « Pourquoi on ne peut pas commander du McDo ? » (et honnêtement, j’aurais aimé avoir une bonne réponse). Un autre a décidé que son yogourt à la vanille était une insulte à son intégrité morale. Et pendant que je tentais de convaincre un mini de donner une chance à son wrap, un geyser de jus de pomme s’est répandu sur la table, transformant le tout en mini-lac collant.
Et ce n’est pas tout : il y a aussi eu les échanges clandestins. Parce que dans chaque groupe, il y a un futur stratège de Wall Street. Pendant que je sauvais un chandail taché, deux petites mains négociaient en douce : une poignée de carottes contre deux biscuits. Affaire conclue. Le marché noir de la boîte à lunch est ouvert, mesdames et messieurs.
Moi, dans tout ça ? J’étais au centre, sourire vissé au visage façon Panique et Paillettes, jonglant entre les drames, épongeant les dégâts et distribuant des câlins réparateurs. Mon sourire disait : « J’adore ça », mais mes yeux lançaient des SOS silencieux vers la cafetière la plus proche.
Et pourtant… pourtant.
Dans ce chaos total, il y a eu des moments suspendus. Celui qui m’a dit timidement : « Merci madame Isabelle », comme si j’avais sauvé sa vie en ouvrant son fromage. Celui qui m’a regardée avec fierté après avoir réussi à fermer son contenant tout seul (un exploit digne d’une médaille d’or). Ces éclats de rire collectifs qui éclatent sans prévenir, parce qu’à 4 ans, tout peut devenir hilarant. Et ce moment de grâce absolue, rarissime, précieux : une minute entière où seize petites bouches mâchaient en silence. Une minute. Je me suis jurée de l’encadrer dans ma mémoire.
Alors oui, j’ai terminé ma journée avec du jus séché sur ma manche, des miettes dans mes cheveux et la sensation d’avoir survécu à une tempête miniature. Mais j’ai aussi terminé la journée avec le cœur gonflé. Parce que ce chaos, c’est mon chaos. Et ces seize petits personnages, imprévisibles, bruyants, collants, déjà attachants… sont un peu devenus les miens.
Conclusion ? Seize enfants, zéro silence, mille miettes, et seize petits cœurs qui vont transformer mon année en un mélange parfait de panique… et de paillettes. ✨
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