Au départ, c’était juste une “cure d’hernie”. Un petit mot doux et rassurant, presque mignon, pour une petite bosse qu’on allait régler en deux temps, trois mouvements. Tsé, une opération de routine. Quelques jours de repos. Netflix. Glace. Siestes.
Et là… SURPRISE.
Un abcès est venu s’inviter dans la plaie. L’infection. La chaleur. La douleur. Et maintenant ?
Me voilà abonnée au CLSC. Une vraie carte de membre. Je connais les corridors, les horaires, les visages, les voix. Heureusement l’équipe est gentille. Je me fais mécher, dé-mécher, panser, ré-panser. Chaque jour. Tous les jours. Jusqu’à probablement la fin de ma vie (ou de l’été, mais honnêtement, la fin de ma vie semble plus probable en ce moment).
Et là, aujourd’hui, Jour 4, c’est le moment du changement de pansement de l’espérance et de la douleur.
Je m’installe sur la table. En petite boule de vulnérabilité. Et c’est là qu’elle arrive.
L’infirmière du jour. Ultra qualifiée. Super douce. D’un calme olympien. Le genre de personne qui te regarde et t’as envie de lui confier ton testament et ton chat.
Mais voilà… on partage quelque chose de spécial.
Un petit trouble anxieux.
Oui, madame aussi vit avec une montagne russe dans la tête. Et ça, je le devine vite… parce qu’elle pense à voix haute. Très fort.
– « Ouf, c’est encore profond. »
– « Bon, y’a un peu de fibrine, mais c’est pas dramatique. Quoique… hmm… »
– « Ah, la mèche était longue hier, on va voir si ça referme. Ou pas. »
– « Ça coule plus que je pensais. Bizarre. »
– « Faudrait te poser un vac …. Ton chirurgien t’en a parlé ??? Ta guérison serait plus facile surtout à la profondeur de ta plaie. »
(Un vac ???? De kessé 🤯)
Et là, moi. Allongée. Le ventre exposé. Mon cerveau allumé sur le mode panique nucléaire.
Chaque mot me propulse dans une spirale de scénarios dignes de STAT. Mon anxiété prend le contrôle, mes pensées galopent dans toutes les directions.
Alors je finis par sortir un petit :
« Juste te dire… je fais un trouble anxieux généralisé. Pis j’suis médicamentée, là, faque tes observations à voix haute… comment dire… je les absorbe comme une éponge en panique. »
Elle me regarde. Sourit. Et me dit tout calmement :
« Moi aussi. Je suis médicamentée aussi. »
Et là…
HIGH FIVE D’ANXIEUSES.
Un vrai. Un sincère. Dans la ouate et le gel antiseptique. Deux cerveaux en overdrive qui se comprennent.
Et après ça ?
Elle a adapté son discours.
Elle m’a expliqué ce qu’elle faisait.
Elle a validé mes peurs sans les nourrir.
Et moi, j’ai respiré pour vrai pour la première fois depuis 96 heures.
Comme quoi, parfois, ça prend juste un peu d’humanité, un peu d’humour, et une bonne dose de médication pour traverser les journées difficiles.
Je suis encore pleine de mèche. Encore en douleur. Encore confuse sur combien de jours, semaines ou lunes ça va durer.
Mais aujourd’hui, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a comprise, même dans mon bordel intérieur.
Et ça, c’est précieux.
Laisser un commentaire