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Laissez-moi vous raconter comment jâai vĂ©cu 48 heures de terreur fiscale et existentielle, causĂ©e non pas par un tremblement de terre, un incendie ou un chat vomissant sur mon oreillerâŠ
Non.
Par un relevĂ© dâemploi.
Un simple fichier PDF.
Une petite page numérique.
Mais dans mon monde, ce fut le dĂ©but de lâeffondrement.
Je pensais avoir tout vu cet été.
LâanesthĂ©sie locale qui ne gĂšle rien sauf ton Ăąme.
Ernie, lâhernie qui refuse de quitter mes abdos et qui fait vibrer ma garde-robe.
Les bleus qui changent de couleur plus souvent que mon humeur.
Le vin qui nâest plus froid quand jâen ai besoin.
Et mon miroir qui me renvoie lâimage dâune femme forte mais profondĂ©ment lasse.
Mais non.
Le destin, joueur cruel et sarcastique, mâa glissĂ© sous la porteâŠ
UN RELEVĂ DâEMPLOI EN DEUX COPIES.
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Un lundi noir, une robe de chambre, un chignon fatigué
Je me lĂšve, naĂŻve.
Je mâinstalle avec mon cafĂ© (froid, Ă©videmment).
Jâouvre mes courriels. Et lĂ , BAM : le relevĂ©. Je clique.
Et câest lĂ que tout bascule.
Quelque chose cloche.
Les dates ne concordent pas.
Mon cerveau, encore en mode âsemi-guĂ©rie post-op avec des paillettes collĂ©es dans la sueurâ, fait deux plus deux et obtient :
« Je suis ruinée. »
Jâentre dans une zone de panique silencieuse mais spectaculaire.
Le genre de moment oĂč tu ne cries pas, mais oĂč chaque cellule de ton corps est en feu.
Je relis. Je zoome. Je soupire. Je lance un « ah ben tabarn*** » en stéréo.
Mon chat Gus me regarde, inquiet. Ou blasé. Difficile à dire.
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Lâappel : une Ă©preuve spirituelle
Je prends mon téléphone.
Je compose le numéro.
Je tombe sur le robot le plus lent de lâhistoire du progrĂšs technologique.
Je cherche le nom avec celle Ă qui je dois parler, celle qui a Ă©crit mon relevĂ© dâemploi avec la mĂȘme fĂ©brilitĂ© quâune bombe Ă dĂ©samorcer.
Et lĂ , la musique dâattente.
Une petite ritournelle technotronique qui me fait douter de mes choix de carriĂšre, de mes valeurs, et de la place de lâhumanitĂ© dans lâunivers.
Je respire dans un sac en papier invisible.
Je pleure un peu, en silence, pour moi, pour les femmes fortes, pour les Ă©ducatrices qui nâont pas lu jusquâen bas du PDF.
Je ne réussis pas à parler à un humain ce jour-là .
Juste Ă moi-mĂȘme, dans une spirale de peur, de colĂšre et de calculs financiers faits avec une main tremblante.
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Jâenvisage sĂ©rieusement de vivre sans revenu
Je me vois déjà :
- Vendant mes meubles un par un ;
- Mâabonnant Ă des concours radio pour manger ;
- Faisant une capsule YouTube intitulée :
« Comment survivre 2 mois avec des pois chiches, un chat sarcastique et un fond de blush. »
Je rédige mentalement ma lettre à Revenu Canada pour leur demander la grùce.
Je commence Ă chercher un endroit dans la maison oĂč je pourrais faire pousser du basilic en masse et lâĂ©changer contre des Ćufs.
Et là ⊠elle arrive.
đŻââïž MEL. La dĂ©esse. La lumiĂšre. Lâintelligence administrative incarnĂ©e.
Mel, ma meilleure amie, débarque chez moi en héroïne non annoncée.
Elle entre avec une bouteille de blanc (pas de panique rendu lĂ câest lâaprĂšs midi quoi queâŠ) dans une main et un sourire dans lâautre.
Je lui explique, dramatiquement :
« Je suis finie. Mon relevĂ© est erronĂ©. Je nâaurai plus un sou. Je vais devoir vendre mon chat ou faire du théùtre de rue. »
Elle mâĂ©coute, compatissante, patiente, calme.
Puis elle prend mon tĂ©lĂ©phone, regarde le relevĂ©âŠ
Et me dit, avec la douceur dâune mĂšre et la prĂ©cision dâune analyste de donnĂ©esâŻ:
« Euh⊠Isa. Câest parce que tu as deux relevĂ©s.
Un pour ton arrĂȘt maladie. Un pour la suite.
Tu ne lâas simplement pas reçu encore. »
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Le moment oĂč je fonds comme une chandelle IKEA
Silence.
MĂȘme Gus lĂšve une patte au ciel comme pour dire :
« VoilĂ , câest ça ton cerveau post-op ? »
Je ris.
Un rire gĂȘnĂ©.
Un rire de femme qui vient de vivre 48 heures de panique existentielle pour RIEN.
Je tombe dans les bras de Mel (façon figurĂ©e, jâai encore mal au ventre).
Je la remercie.
Je lâaime.
Je la vénÚre.
Et je mâexcuse Ă mon reflet dans le micro-ondes, qui mâa vu pleurer en pyjama rose avec une compresse sur le nombril.
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Conclusion : jâai eu lâair folle. Mais jâĂ©tais magnifique.
Oui, jâai paniquĂ©.
Oui, jâai frĂŽlĂ© le burn-out administratif.
Oui, jâai envisagĂ© dâouvrir un OnlyFans de photos de mon relevĂ© annotĂ©.
Mais jâai survĂ©cu.
Avec dignité (enfin, plus ou moins), mascara (un peu coulé), et une meilleure amie qui mérite un Oscar.
Et maintenant, je le sais :
Toujours lire jusquâau bas du PDF.
Toujours avoir une Mel dans sa vie.
Et toujours mettre du gloss avant de paniquer : on ne sait jamais qui va sonner Ă la porte.
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