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La veille de l’affectation (et accessoirement de mon opération chirurgicale)

ou comment vivre une double peine en robe de chambre et gloss collé sur la panique

Il est 16h25

L’heure où les gens normaux arrivent de travailler ou encore en vacances à siroter l’apéro…

Mais moi?

Moi je suis assise à la table de la cuisine comme si je préparais les négociations de paix de Genève.

En face de moi :

– Un portable qui surchauffe.

– Un crayon que j’ai mastiqué comme une hyène.

– Une pile de papiers intitulée « Plans A à H – en cas de trahison syndicale ».

– Et Gus. Qui me regarde comme si j’étais un documentaire sur les espèces en voie de disparition.

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Demain, c’est la séance d’affectation. Et moi, je serai dans les vapes !

Pas genre “inconsciente de mes choix”.

Non non. Physiquement anesthésiée.

Gelée et sans contrôle sur ma destinée.

Pendant que quelque part dans le nuage virtuel de Teams, mon avenir professionnel se décide au clic près.

Et qui sera là pour cliquer à ma place?

Mon amie MJ.

Blonde, loyale, magnifique, et maintenant… moi, par procuration.

Elle a pour mission de me représenter. De faire les bons choix.

De dire avec aplomb :

« Isabelle D. souhaite conserver son poste actuel. Elle vous remercie de votre collaboration. Elle vous juge aussi un peu, mais elle est sous médication donc ça compte pas. »

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Planification en mode panique contrôlée

Je coche.

Je rature.

Je surligne en fluo comme si ma vie en dépendait (spoiler : c’est le cas).

Plan A : Je garde mon poste actuel.

Mon doux, mon 35h, ma routine, mon micro-ondes un peu douteux, mes enfants qui m’appellent “Madame Isa”, mes murs décorés avec des bricolages en papier construction.

Le rêve.

Mais bon.

Y’a toujours une Louise-avec-32-ans-d’ancienneté qui peut pointer son curseur dessus et faire POUF, c’est à moi.

Alors…

Plan B à H : C’est moi qui anticipe la chute.

Je prépare des options.

Un éventail de solutions acceptables, du poste “pas si pire” à l’école “c’est laid mais j’ai pas le choix”.

Tout ça écrit avec amour et cynisme.

Avec des annotations comme :

– “OK si j’ai pas mieux.”

– “Seulement si les toilettes sont à l’intérieur.”

– “Accepter en pleurant.”

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Gus, pendant ce temps-là, est imperturbable.

Il s’est allongé sur les plans C à E.

Il ronronne. Il flatte ses moustaches.

Lui, il a un poste.

Observateur professionnel de mon désespoir.

Aucun stress. Zéro anxiété. Juste un regard qui dit :

« Tu devrais faire comme moi : dormir 18 heures par jour et t’en foutre. »

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Et moi, je bois. Pas trop. Juste assez pour rester fonctionnelle dans l’effondrement.

Mon vin goûte la résilience.

Ma robe de chambre est rendue mon uniforme de guerre.

Et je rédige, en lettres dorées dans ma tête :

« Si quelqu’un supprime mon poste demain… je me réincarne en imprimante de direction et je refuse de fonctionner. »

🛏️ 

Demain, je me fais opérer. Et je me fais possiblement supplanter.

Double trahison corporelle et professionnelle.

Je vais dégeler avec une mini cicatrice, une voix rauque et la même question que tout le monde :

« Est-ce que j’ai encore un poste ? »

Mais au fond, je sais une chose.

Je me suis préparée comme une reine.

J’ai briefé mon amie comme un agent secret.

Et j’ai un chat qui, quoi qu’il arrive, dormira sur moi en signe de soutien passif-agressif.

Et si je perds mon poste ?

Je vais pleurer dans ma jaquette,

Je vais m’envelopper dans une couverture en fausse fourrure,

et je vais reprendre du vin (médical, bien sûr).

Puis je vais me relever.

Parce que je suis éducatrice.

Et qu’on ne me supprime pas comme une ligne dans un fichier Excel.

Je suis là. Brillante. Brisée parfois, mais toujours debout. Avec des paillettes collées sur mon agenda.

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