🩹 Coupes scolaires : on saigne en silence

Aujourd’hui, pas de paillettes. Pas de vino, pas de potluck entre amies, même pas un regard complice à travers une coupe de mousseux. Juste moi, éducatrice, un peu à boutte, un peu fâchée, et très inquiète. Parce que pendant qu’on planifie nos vacances d’été et qu’on rêve de siestes au soleil, le gouvernement, lui, a décidé que l’éducation allait devoir faire sa propre valise. Avec moins de moyens. Moins de ressources. Et une paire de ciseaux bien affûtée.

✂️ Le résumé brutal

Le gouvernement Legault a annoncé un budget pour l’éducation 2025-2026 inférieur de 175 millions à celui de l’an dernier. Et si tu pensais que c’était déjà assez violent, attends. On doit aussi encaisser une coupe de 567 millions $ dans les services aux élèves du primaire et du secondaire. Oui, tu as bien lu. Cinq-cents-soixante-dix millions. Juste comme ça, en plein cœur de la mission éducative.

Et là, je te vois venir : « Mais Isabelle, ils vont sûrement couper ailleurs, pas dans ce qui touche directement les enfants ? »

Spoiler : si.

📉 Optimiser… jusqu’à l’épuisement

Officiellement, on appelle ça des “compressions optimisées”. Ce qui est, dans le monde réel, un peu comme dire : “Je vais juste te couper un doigt, mais de façon stratégique.”

Parce qu’en pratique, ces compressions se traduisent par :

  • Moins de personnel en classe.
  • Moins d’accompagnement pour les enfants à besoins particuliers.
  • Moins de ressources éducatives.
  • Moins de temps. Moins de souffle. Moins de nous.

Mais pas moins de besoins. Eux, étrangement, continuent de croître.

Et pendant que les centres de services scolaires crient à l’aide (mais n’ont même pas le droit de faire de déficit pour éviter les dégâts), nous, sur le terrain, on continue à boucher les trous avec ce qu’il nous reste : de la passion, de l’ingéniosité, et une boîte de mouchoirs à moitié vide.

💔 Moi, éducatrice, pas magicienne

Je suis là tous les jours. Je connais le prénom des tout-petits, leurs peurs, leurs éclats de rire. Je sais lequel a besoin de cinq minutes de plus pour décrocher, lequel a une peine qui lui colle au cœur, et lequel est en train d’apprendre à faire confiance.

Mais je ne peux pas tout faire, surtout pas sans ressources. Et là, on nous en enlève. Encore. Comme si on pouvait élever une génération entière d’enfants avec des mots d’encouragement et des crayons de cire cassés.

On me demande souvent si je vais tenir le coup. La réponse ? On tient. Pour les enfants. Mais à quel prix ?

📢 Ce qu’il faut dire, fort et clair

Ces coupes ne sont pas abstraites. Elles sont concrètes. Elles coupent dans la sécurité, dans l’encadrement, dans le soutien psychologique. Elles coupent dans la possibilité, dans l’équité, dans la dignité.

Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est pour le bien commun. Il n’y a rien de commun dans une classe qui déborde, dans un enfant qui souffre sans qu’on ait le temps de l’écouter, dans une éducatrice qui rentre chez elle épuisée, la boule au ventre, parce qu’elle n’a pas pu faire mieux.

🙅🏻‍♀️Je ne suis pas fâchée parce que je n’aime pas mon métier.

Je suis fâchée parce que je l’aime trop.

Et je refuse qu’on le maltraite.

🧃 Et maintenant ?

Je vais me servir un verre d’eau gazeuse (on n’a plus le budget pour le mousseux), respirer un bon coup… et continuer à me battre.

Pour mes élèves. Pour mes collègues. Pour l’école publique.

Parce que je refuse de regarder le système s’effondrer en silence pendant qu’on me dit que tout va bien.

Ce n’est pas juste un budget. Ce sont des choix politiques qui auront des conséquences humaines. Ce sont nos enfants qu’on abandonne doucement, sous prétexte d’“optimisation”. Et nous, les éducatrices, on regarde ça, cœur brisé, avec du café froid à la main… et une colère brûlante en dedans.

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